Le jean dans tous ses états 2/4

Le jean dans tous ses états 2/4

Les techniques de fabrication du jean : du tissage au délavage

 

Dans ce deuxième volet de notre dossier consacré au jean, nous aborderons plus en détail son processus de fabrication, du tissage à la teinture en passant par les différents types de délavage. Après notre focus sur les origines du jean, voyons comment l’industrie traite ce vêtement qui se vend chaque année à deux milliards d’exemplaires, dont 63 millions en France.

 

Les différentes matières du jean

Le jean est bien sûr en denim, à savoir une toile de coton tissée avec une armure sergé. Pour les puristes, cette toile doit être 100 % coton et ne pas contenir d’élasthane. Dans les faits, si l’élasthane contribue à rendre le denim un peu moins résistant, il apporte aussi une souplesse qui peut être appréciable.

On peut distinguer deux toiles denim : le denim classique et le denim selvedge.

 

Le denim classique

 

La toile denim classique est un coton à armure sergé, une armure désignant un schéma de tissage. Le sergé est reconnaissable grâce à ses lignes diagonales et le tissage est serré.

Les fils de chaîne, c’est-à-dire les fils verticaux, sont traditionnellement teints en bleu indigo. Les fils de trame, horizontaux, sont écrus ou blancs. Leur croisement donne cette couleur si particulière au denim.

Il existe trois variations de tissage de cette toile denim :

  • Le tissage dit “right hand twill” : les fils sont tissés de telle sorte qu’ils tracent une diagonale partant du coin inférieur gauche et allant vers le coin supérieur droit. La grande majorité des jeans sont tissés ainsi.
  • Le tissage “left hand twill” : cette fois, la diagonale est dans l’autre sens et va du coin supérieur gauche au coin inférieur droit. La toile denim est ainsi plus douce au toucher.
  • Le tissage “broken twill” : il n’y a pas d’orientation distincte, ce qui permet d’éviter un phénomène de torsion entre les tissus dits droitiers et gauchers. On reconnait ce type de tissage en observant l’envers du jean : le dessin forme un zigzag.

Tissage Selvedge

Le denim selvedge

 

Il s’agit d’un denim de qualité supérieure, assez rare. Contrairement à la toile denim classique, le denim selvedge est fabriqué à partir d’un seul fil de trame. La toile est plus résistante, mais le temps et le coût de production sont plus importants, d’où un prix plus élevé. Attention aux imitations qui inondent le marché !

La toile japonaise ou Selvedge est une toile extrêmement serrée et beaucoup plus résistante que la moyenne avec des bords finis permettant au jean de ne pas s’effilocher. A l’origine, ces toiles étaient produites en Europe. Mais, avec la demande croissante ces 30 dernières années, les producteurs abandonnent peu à peu ces machines de grande qualité pour aller vers une productivité accrue. C’est alors la “fin” des teintures naturelles (indigo), des jean solides et le début des délavages industriels, du sablage etc…

Plusieurs années après cela, les Japonais ont commencé à acheter ces machines dont les européens ne voulaient plus, pour fabriquer leurs propres tissus. Aujourd’hui, ce sont eux qui possèdent la plupart de ces machines, et c’est aussi eux qui vendent cette toile de qualité aux producteurs qui y sont revenus (d’où la toile japonaise). Pour référence, une marque très haut de gamme de jean tissé denim Selvedge sans traitement chimique : Momotaro.

 

Les différentes techniques de délavage du jean

 

Le jean traverse les modes mais il en est une qui ne disparaît pas : la tendance du jean délavé vintage. Que ce soit dans les années 1970 pour plus de souplesse, dans les années 1980 avec la mode des grandes taches délavées ou encore aujourd’hui avec l’aspect usé qui plaît tant, le jean délavé plaît toujours autant.

Le délavage “Stone Wash”

Il s’agit du premier procédé de délavage, apparu dans les années 1970. Cette technique consiste à placer dans une grande machine la toile denim avec des pierres ponces. Le passage répété de ces dernières sur le tissu va provoquer par frottement l’usure désirée. Loin d’être écologique, ce procédé nécessite l’utilisation de 150 litres d’eau par jean !

Le délavage chimique

A la mode dans les années 1980, ce procédé fait appel à des agents de blanchiment comme le chlore et le permanganate de potassium.

Le sablage

Très controversé, le procédé de délavage appelé sablage consiste à projeter sur les jeans du sable à très haute pression. Le sable étant un excellent abrasif, il provoque une usure qui donne au jean son fameux aspect vintage.

 

délavage chimique

 

Le sablage est une catastrophe pour les ouvriers : le sable contient de la silice, une substance extrêmement toxique qui provoque la silicose, une maladie pulmonaire mortelle. Longtemps pratiqué en toute légalité en Turquie, le sablage y a depuis été interdit. Il existe toujours dans les nombreux pays où les grandes marques délocalisent leur production, comme le Bangladesh, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Cambodge, l’Egypte ou encore le Mexique.

Quelques rares grandes marques s’y sont officiellement opposées. C’est le cas de Levi’s, H&M, C&A et Gucci.

Le délavage au laser et à l’ozone

Il existe aujourd’hui des alternatives bien plus propres au sablage. Ainsi, le délavage au laser ne requiert que cinq litres d’eau par jean et permet d’obtenir tous les effets d’usure souhaités.

Il est souvent utilisé en association avec le délavage à l’ozone, qui n’est pas polluant et très peu coûteux en énergie.

 

La teinture des jeans

 

Même si le jean existe désormais dans une multitude de couleurs, la couleur traditionnelle est l’indigo. Il s’agit à la base d’une teinture naturelle obtenue grâce aux feuilles de l’indigotier.

Seulement, pour faire face à la demande, l’indigo a été synthétisé. Aujourd’hui, c’est pas moins de 45 000 tonnes d’indigo qui sont produites chaque année, dont 95% pour la teinture des jeans.

Pour synthétiser le colorant, on utilise des produits chimiques comme le formol et le cyanure d’hydrogène. Afin d’éviter le surcoût que représente le traitement des eaux usées, certaines usines n’hésitent pas à déverser le surplus de teinture dans les rivières…

Si tout est très réglementé en France, c’est loin d’être le cas dans beaucoup de pays exportateurs de jeans. En France, de plus en plus de jeunes marques éthiques relocalisent la production et optent pour des solutions plus vertes et durables.

Jeans éthique

Un jean bon pour la santé et pour la planète, c’est possible !

 

Marie-Noëlle Avenet, Formatrice et Coach en Image